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Je sais que tu es là
C’était l’un de ces jours d’automne où toutes les feuilles orange et jaunes dansaient dans le ciel. Les petits oiseaux se donnaient en spectacle pour éblouir la foule. Une vieille femme, qui n’habitait pas très loin du parc, allait chaque jour s’asseoir au même banc avec une tranche de pain pour nourrir les oiseaux et une lettre qu’elle lisait toujours avec un grand sourire. C’était la lettre que son mari lui avait écrite avant d’être porté disparu il y a quatre ans.
Un beau jour, alors qu’elle cherchait le télé-horaire (comme toute grand-mère qui se respecte), elle trouva la lettre, SA lettre. Cela était très étrange parce qu’elle la laissait toujours dans ses poches de manteau pour être certaine de ne pas l’oublier pour aller au parc.
Mathilde prit la lettre et vérifia que tout était toujours là. Elle aperçut une phrase qu’elle n’avait jamais lue auparavant. La phrase disait : « Je suis bien où je suis, merci pour tout, ton mari qui t’aime ». Elle n’arrivait pas à y croire! Elle pleurait et pleurait. Comment aurait-il pu lui écrire s’il était mort? La vieille femme décida de lui répondre et de lui donner un rendez-vous dans le parc le lendemain. Elle reposa la lettre sur la table et tant qu’à n’avoir rien à faire, elle alla se cacher pour voir ce qui allait se passer. Quelques heures plus tard, Kelly, sa fille, entra dans la maison et se dirigea vers la lettre. Elle lut la lettre et sortit un crayon pour répondre à Mathilde. La vieille n’arrivait pas à y croire, elle se sentit trahie. C’était comme si elle avait reçu un poignard dans le dos.
Le lendemain matin, elle n’alla pas au parc pour la première fois depuis très longtemps puisqu’elle ne se sentait pas très bien. Kelly décida de l’amener à l’hôpital pour voir ce qu’elle avait. La nouvelle que les docteurs avaient à lui annoncer n’était pas très bonne à entendre. Ils lui dirent qu’elle avait le cancer et qu’elle ne pourrait pas y survivre. Mathilde ne réagit pas comme les docteurs l’imaginaient. Elle sourit et regarda le ciel. Elle était heureuse à l’idée d’aller rejoindre son mari.
Dans la nuit, pendant qu’elle dormait, elle entendit un bruit sourd. Mathilde se réveilla et regarda autour d’elle, mais il n’y avait rien. Sur le sol, un crayon roulait tranquillement. Elle regarda sur le petit bureau à côté d’elle. Il y avait la lettre avec un nouveau message écrit : « Tu voulais me voir, alors rejoins-moi dans le parc à quatre heures ». Elle savait que c’était lui, il avait la même écriture.
Le lendemain, vers trois heures, elle s’enfuit de l’hôpital en direction du parc. Elle était assise avec un très grand sourire, la lettre à la main comme si elle était une « groupie » qui allait rencontrer son chanteur préféré. Soudain, elle commença à faiblir, comme si quelqu’un l’étranglait, elle savait que c’était la mort qui l’emportait. Quelques instants plus tard, Pierre, son mari, arriva avec un bouquet de fleurs à la main, mais il était déjà trop tard. Il alla à côté d’elle et déposa les fleurs sur ses genoux. Il regardait sa femme. Il aurait tellement voulu voir pour une dernière fois ses yeux qui l’avaient fait craquer la première fois qu’ils s’étaient rencontrés, mais il se contenta du sourire gravé à jamais sur son doux visage.
Marc-Antoine Carrier
4e secondaire
Polyvalente Saint-Georges
CSBE
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